L’Association Royale des Demeures Historiques et Jardins de Belgique (ARDHJ), pleinement consciente de la nécessité de renforcer les capacités de transport d’électricité pour répondre aux besoins énergétiques des prochaines décennies, émet néanmoins les plus grandes réserves quant à l’impact paysager et patrimonial du projet de la Boucle du Hainaut : une liaison électrique de quelque 85 kilomètres, dont une grande partie serait aérienne, avec des pylônes pouvant atteindre 60 mètres de hauteur.
L’ARDHJ prend acte de la décision du Gouvernement wallon du 12 octobre dernier de revoir le tracé initial et de prévoir l’enfouissement d’au moins 8 kilomètres de lignes. Elle salue la volonté affichée de mieux tenir compte des enjeux paysagers et patrimoniaux, mais considère que ces mesures restent insuffisantes au regard de l'ampleur des atteintes potentielles.
Le tracé envisagé traverse en effet une région qui abrite une concentration particulièrement importante de biens patrimoniaux classés. L'implantation de telles infrastructures constituerait une altération profonde et irréversible de paysages dont la qualité et l'intégrité font partie intégrante de la valeur de ce patrimoine.
Au-delà de l'atteinte esthétique, les conséquences économiques et sociales risquent d'être considérables. La présence de pylônes de cette envergure à proximité de propriétés historiques entraînerait une dépréciation de leur valeur immobilière et nuirait à l'attractivité touristique d'une région dont le patrimoine architectural et paysager constitue l'un des principaux atouts.
Mais l'enjeu dépasse la seule question économique. Pour les propriétaires et les communautés locales qui consacrent depuis des générations des efforts humains et financiers considérables à la conservation et à la transmission de ce patrimoine, une telle dégradation de leur environnement serait vécue comme une forme de désaveu, voire de mépris, à l'égard de leur engagement. Quel sens donner aux efforts de préservation d'un bien historique si le paysage qui lui donne toute sa valeur peut être irrémédiablement défiguré ? Un tel signal risque de décourager les générations futures et de compromettre, à terme, la conservation même de ce patrimoine.
L'ARDHJ demande dès lors que l'enfouissement des lignes à haute tension soit étendu à tous les tronçons où la présence de biens classés et de paysages remarquables le justifie, au-delà des 8 kilomètres actuellement prévus. Elle plaide également pour la définition de périmètres de protection suffisamment étendus autour des biens patrimoniaux classés, sur la base d'une analyse approfondie des perspectives visuelles, de la topographie et de la sensibilité des paysages concernés. La protection du patrimoine ne peut en effet se limiter à ses abords immédiats : elle doit également prendre en compte l'environnement paysager qui contribue à son identité et à sa valeur.
La transition énergétique est indispensable. Elle ne peut cependant se faire au détriment d'un autre bien commun irremplaçable : notre patrimoine historique et paysager.
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Mr. Ernest-Tom Loumaye, Vice-président pour la Wallonie
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